Jean Pierre PINCEMIN (1944-2005)
Jean Pierre Pincemin est décédé jeune à la suite d'un accident pulmonaire. Il n'avait que 61 ans. Quelle trajectoire rapide entre le 7 avril 1944 et le 17 mai 2005. Il n'avait guère d'affection particulière pour l'école, sans doute l'aurait-il préférée buissonnière. Sa formation le conduira vers l'industrie mécanique de précision, il sera tourneur. Comme François Dilasser, mais étant d'origine d'origine parisienne, il "sèche" les cours le vendredi pour s'en aller à la découverte du musée du Louvre qu'il fréquentera assidûment
Au sortir de l'adolescence, il voulait être critique d'art. Mais c'est la rencontre avec le galeriste Jean Fournier (aucune parenté avec moi!), qui avait une petite maison proche de celle de ses parents qui l'encouragea dans l'idée qu'il pouvait devenir peintre. Pincemin est un peintre autodidacte qui se nourrit de toutes les tendances qui fleurissent dans les années 60.
(Voir album Photos en marge du Blog)
Premières expositions à partir de 1968.
De 1968 à 1973, il se lance dans les "carrés collés" : la toile est plongée dans des bains de teinture, découpée et assemblée en figures géométriques irrégulières, carrées ou rectangulaires.
Il cherche et trouve sa voie par de rigoureuses expérimentations, il ne faut pas oublier que c'est le début du minimalisme aux États-Unis, tandis qu'en France ce sont les prémices du groupe Supports-Surfaces auquel il participera à partir de 1971, mais qu'il quittera pour des raisons politiques. 
Claude Viallat, Acrylique sur bâche rayée, 2001.
Ce mouvement affirme la réalité physique du tableau, commencée par Matisse avec ses papiers découpés, poursuivie par la nouvelle abstraction aux Etats-Unis, et en France par Simon Hantaï ou Claude Viallat.
Simon Hantaï Tabulas 1972
A la fin des années 1990, Pincemin avait décidé de "tout balayer et tout assimiler", mélangeant de plus en plus les genres, les styles, les supports, les techniques. Il a exécuté des sculptures polychromes à l'aide de morceaux de bois peint,
Il s'était également mis à peindre des sujets religieux, des scènes de genre et des portraits, car il aimait travailler par série pour pousser au plus loin les variations possibles sur un même thème. Il n'hésitait pas à revenir sur des séries après quelques années.
Il a gardé l’esprit d’une ouverture à de nouveaux possibles de la peinture, l’esprit d’invention toujours en alerte. Il était devenu le spécialiste le plus aventureux des techniques dites mixtes. Pour cet artiste électique, la distinction entre figuratif et non figuratif n'avait ni sens, ni importance.
Je ne peux que vous inviter à aller regarder le film (15') de Claude Mossessian dont voici le lien :
https://vimeo.com/10520679
Jean Pierre PINCEMIN
Un film de Claude Mossessian
© Claude Mossessian
Ateliers
Entretien réalisé par Gilles Tissot
Eté 1991
Version restaurée à l'occasion de la rétrospective Jean-Pierre PINCEMIN au Musée d'Art Moderne de Céret du 26 juin au 10 octobre 2010
Jean-Pierre Pincemin ? Il m'a fallu attendre l'été 2008 pour découvrir cet artiste. Les chroniques d'Art sacré avaient fait leur couverture du numéro de l'été avec cette magnifique toile "La création du monde". Une véritable révélation... Transposition dans un langage moderne d'une représentation d'une enluminure du Moyen-Âge. Je ne sais pas si c'est que voulait l'artiste, mais c'est ce que j'ai ressenti.

J'ai souvent cherché à rendre cette contraction du temps. Et là pour la première fois

je voyais sous mes yeux une possibilité de créations nouvelles. Toute la symbolique était là, dans les formes et la fusion de ces camaïeux de couleurs. La vibration des traits dessine le contour de formes avec une infinie subtilité. C'est plus esquissé que dit.
La seconde rencontre marquante, en 2013, fut la visite de la tour de la Lanterne à La Rochelle qui à son sommet renferme une salle où, sur l'un des planchers, est représentée la répétition aléatoire et rythmique d'un module en arc de cercle peut évoquer les maillons d'une chaîne brisée. On peut interpréter cette œuvre de Pincemin, qui date de 1985, comme une évocation « symbolique » des fonctions carcérales de la tour durant de longs siècles.

"Les striures à la fois déliées et enchevêtrées qui colonisent l'espace, effacent l’immobilisme de l’œuvre : elle éclate, s’anime et se rehausse par un jeu d'ombre et de lumière. L’œuvre est constituée de béton blanc et noir".
J'ai beaucoup lu sur Jean-Pierre Pincemin, trouvant aussi qu'il y avait beaucoup de verbiage autour de son travail. Mélanges philosophico-esthétiques.... Je ne sais si lui-même s'embarrassait de toutes ces théories que l'on voudrait lui prêter. Pour ma part, il me suffit de voir et de ressentir, comme je trouve étonnante cette aventure des sculptures en pâte à modeler, tout en adhérant un peu moins à la série des palissades, travail intermédiaire entre les toiles de la période support/surface et les nouvelles toiles sur "L'année des Indes" (1996) : magnifiques !
Je ne peux que renvoyer à l'album de photos qui se trouve en haut à droite.